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AIRT : Etape 1 : préparation à une crue majeure en région parisienne - analyse territoriale

De Wikhydro

Sommaire

Eléments de contexte

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Ce document de restitution fait partie du projet Analyse intégrée de résilience territoriale qui a fait l'objet de diverses publications en étape 1, laquelle s'est soldée par un séminaire de restitution qui a eu lieu le 5 février 2013 :


Le document élaboré par le CETE Méditerranée peut être téléchargé sur cette page.

Introduction

En 2012, le Commissariat Général au Développement Durable du Ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie a lancé un grand projet autour de 5 chantiers et de 24 actions de prospective et d'innovation.
L'action « Approche Intégrée de Résilience des Territoires » (AIRT) du chantier « Territoires Robustes » vise à construire un guide d'action pour améliorer la résilience des territoires face aux risques naturels et technologiques, avec la mobilisation de tous les acteurs du territoire et à partir de retours d'expérience de sites touchés ou potentiellement exposés à des risques.

C'est dans ce cadre qu'il a été retenu de s'intéresser à la préparation de la région parisienne à une inondation majeure.
Si la cinétique de l'aléa reste celle d'une inondation de plaine, ce risque avéré – les inondations historiques sont là pour nous le rappeler - menace de forts enjeux en terme de population impactée et de perturbations de l'activité économique voire institutionnelle du territoire, qui dépasse le « simple » périmètre de la métropole. Comment peut-on se préparer à un événement de telle envergure ? La région parisienne est-elle prête à faire face à une inondation majeure ? Comment une résilience du territoire peut-elle se construire ?
Ce rapport synthétise les éléments collectés auprès d'un panel d'acteurs du territoire francilien par le CETE Méditerranée et le CETE Île-de-France, dont les premiers enseignements ont été partagés lors du séminaire de travail du 5 février 2013 auprès d'un public diversifié : services de l’État, collectivités territoriales, universitaires, élus, associations, établissements publics, entreprises.

Les enseignements, recommandations et points de vigilance identifiés contribueront à la construction du guide d'action pour améliorer la résilience du territoire (prévu pour 2014), aux côtés des autres analyses territoriales conduites dans le cadre de la démarche AIRT et des groupes thématiques de réflexion qui en sont issus.

Qu'est-ce-que la résilience? [1]

La résilience territoriale est une notion récente, dont le concept reste à expliciter. S’il existe une bibliographie foisonnante dans de nombreuses disciplines sur les sujets de la résilience, d’une part, et de territoire(s), d’autre part, leur utilisation peut sembler très conceptuelle, assez éloignée des préoccupations de terrain et difficilement mobilisables de façon opérationnelle.
Cependant, ce concept qui fait appel à la notion de prise en main, par elles-mêmes, des populations soumises à des risques de natures diverses constitue un outil de première importance pour diminuer l’impact des catastrophes.
Le mot résilience vient du mot latin resilire, qui signifie sauter en arrière, rebondir, rejaillir. En physique des matériaux, la résilience renvoie effectivement à la notion de retour à l’état initial, puisqu’elle s’apparente à la capacité du matériau à résister à des chocs ou à des pressions. Cette notion est reprise dans plusieurs disciplines, comme l’étude des écosystèmes et la psychologie, et renvoie désormais à une capacité d’adaptation et d’organisation d’un système pour affronter au mieux des perturbations.
Appliqué aux sociétés humaines, un système est résilient s’il sait et peut trouver les capacités nécessaires pour son adaptation face à des aléas qui le menacent. L’enjeu est de maintenir un niveau de fonctionnement grâce aux capacités et à la souplesse du système permettant sa persistance.
Au niveau institutionnel, la notion de résilience a été inscrite au niveau national dans le Livre blanc [2] sur la défense et la sécurité nationale en 2008. Dans le Livre blanc, la résilience se définit comme la volonté et la capacité d’un pays, de la société et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’une agression ou d’une catastrophe majeure, puis à rétablir rapidement leur capacité de fonctionnement normal, ou à tout le moins dans un mode socialement acceptable. Elle concerne non seulement les pouvoirs publics, mais encore les acteurs économiques et la société civile tout entière.
Il existe principalement deux définitions, deux écoles chez les chercheurs  :

  • capacité à retrouver un nouvel état d’équilibre après une perturbation, parfois le même état qu’avant la rupture (état stationnaire étant plus approprié qu’état d’équilibre, c’est-à-dire un état à la fois assez stable pour persister et assez souple et adaptatif pour encaisser les agressions extérieures sans arrêt de fonctionnalité),
  • capacité d’un système à se renouveler, à se réorganiser, à trouver de nouvelles trajectoires pour mieux prévenir une éventuelle catastrophe.

Ces deux définitions ne sont pas opposées, et peuvent se compléter, puisque dans les deux cas il est question d’introduire de la nouveauté.
Il y aurait pour certains une résilience de temps court (capacité de réaction face à une perturbation) et une résilience de temps long (capacité de maintien des fonctions principales dans une trajectoire idéale de durabilité, en précisant par rapport à quel indicateur cette durabilité est définie). Ce qui pose la question de définir si la résilience est acquise ou bien s’il s’agit d’une phase, un temps de résilience à diminuer.
C’est une notion trop peu souvent définie avec précision : résilience de qui, de quoi, pour quoi faire, retour à la normale (sans définir ce qu’est un état normal, et qui le définit), réduction de la vulnérabilité (elle devient alors de façon réductrice l’opposé de la vulnérabilité), capacité d’adaptation, robustesse, adaptation...
Elle est la plupart du temps réduite soit à un mythe d’avenir désiré et désirable par tous, soit à un référentiel normatif d’actions permettant de devenir résilient, en omettant son aspect éminemment politique. Elle renvoie ainsi à différentes conceptions suivant la culture et le dessein politique des acteurs qui s’en emparent. En effet, se projeter vers un état normal, idéal ou durable suppose de définir ces états et de s’appuyer sur un projet politique de société.
Sa nature est également sujette à débat : est-elle une propriété intrinsèque d’un système, acquise une fois pour toutes et a priori (état de résilience), ou bien un processus a posteriori, après une rupture et qui se met en œuvre pour un temps donné (on parlerait alors de temps de résilience).


Vulnérabilité et résilience

Historiquement, ces concepts se sont succédé dans les politiques internationales. Après la notion d’aléa, la vulnérabilité est mise en avant par l’ONU en 1994 dans le cadre de la conférence de Yokohama. La résilience prend sa place lors de la conférence de Hyogo en 2005.
L’approche par la vulnérabilité se situe a priori. Elle vise à réduire le plus possible les dommages et à rendre les communautés et individus vulnérables plus robustes, plus résistants. Il est souvent considéré que la résilience représente le positif et le souhaitable alors que la vulnérabilité représenterait le négatif. Ou bien que la résilience est l’opposé de la vulnérabilité. Ce n’est pas aussi simple, un système vulnérable peut être résilient.
Par ailleurs, une capacité de résilience individuelle peut être défavorable à une capacité de résilience plus collective (par exemple une maison en zone inondable, avec des dispositions techniques mettant ses occupants à l’abri, peut aggraver les problématiques de gestion de crise et de retour à la normale à une échelle collective).
La poursuite systématique de la résilience n’est pas toujours la plus pertinente car elle est relative à celui qui la décrète et nécessite de préciser de quoi il est vraiment question : résilience de qui, par rapport à quoi, avec quelle vision sociale et quel projet politique.

Présentation du territoire

Le territoire concerné

La région île-de-France comprend 8 départements, 1281 communes soit 12 000 km². Elle accueille 11 740 000 habitants, concentre les institutions et de nombreux sièges sociaux. Elle génère 28% du PIB national, regroupe 21% de la population active et s'affiche ainsi comme le premier pôle de croissance français.
Son rayonnement international au niveau économique et culturel incite notamment les investisseurs étrangers à s'installer sur ce territoire.

Le bassin versant

Bassin versant de la Seine. Source Wikipédia.jpg
La région Île-de-France est entièrement comprise dans le bassin versant de la Seine.

D'une superficie de 78 650 km², celui-ci concentre près de 30% de la population de la France.

L’Île-de-France se situe au cœur de trois confluences : Seine/ Yonne, Seine/Marne et Seine/Oise.
La Seine, deuxième fleuve français par sa longueur sur le territoire (776 km), prend sa source sur le plateau de Langres en Côte-d’Or et traverse 14 départements. Ses affluents principaux sont l’Aube, l’Yonne, le Loing, l’Yerres, la Marne et l’Oise.

Les acteurs du domaine de l'eau

Illustration 2 : Zones de compétences réglementaires des SPC du bassin Seine Normandie. Source Schéma Directeur de la Prévision des Crues du Bassin Seine Normandie (Mars 2012)
Périmètre d'action de Seine Grands Lacs. Source EPTB SGL.jpg

Le bassin versant est géré par l'agence de l'eau Seine-Normandie.
L’État, au moyen de ses Services de Prévision des Crues (SPC) assure la surveillance des grands cours d’eau (Seine, Aube, Yonne, Loing, Marne, Oise, Aisne notamment) et de certains affluents. Ils établissent des observations et prévisions de hauteurs d’eau.
Le dispositif de prévision repose sur les 4 services suivants :

  • SPC Seine amont, Marne amont, dont le service support est la DREAL de Champagne-Ardenne ;
  • SPC Seine moyenne, Yonne et Loing, dont le service support est la DRIEE d’Île-de-France ;
  • SPC Oise-Aisne dont le service support est la DREAL de Champagne-Ardenne mais avec une implantation à Compiègne ;
  • SPC Seine aval et Côtiers Normands dont le service support est la DREAL Haute-Normandie.

D'autre part, l’Établissement Public Territorial de Bassin Seine Grands Lacs (EPTB SGL) exploite et entretient les 4 lacs-réservoirs de Seine, Aube, Pannecière et Marne dont il est propriétaire, totalisant une capacité annuelle de stockage de 830 millions de m3. L’EPTB SGL a une double mission sur le territoire Seine Amont : - de soutien d'étiage, pour maintenir les débits de la Seine et de ses affluents en été et en automne (mission relativement importante du fait de la consommation de la quasi-totalité du débit naturel pendant cette période), - de prévention des risques liés aux inondations dans le bassin de la Seine, via l'écrêtement des crues en hiver et au printemps.

Présentation des inondations en région parisienne

La région parisienne a connu plusieurs inondations remarquables, parmi lesquelles celle de 1910, fait référence.

La crue de 1910

Rue de Lyon, Paris XIIème arrondissement, janvier 1910. Source Préfecture de police de Paris.jpg
Entre le 20 et le 28 janvier 1910, Paris a connu une crue record, qualifiée de centennale.

Le 28 janvier 1910, le niveau de la Seine a atteint une hauteur exceptionnelle de 8,62 m à la station de Paris-Austerlitz. Si la décrue a commencé le 29 janvier, la Seine n'a retrouvé son lit normal (moins de 2,5 m à Paris-Austerlitz) que le 16 mars 1910 soit 45 jours après.

Les conditions météorologiques à l’origine de la crue de la Seine de janvier 1910 se sont mises en place dès l’automne précédent. La fin de l’année 1909 a été très humide, avec des précipitations sur les quatre derniers mois supérieures de 38% aux normales. Fin 1909, les cours d’eau atteignaient déjà des niveaux élevés.

Au cours du mois de janvier 1910, trois périodes perturbées distinctes apportant de la pluie et de la neige ont provoqué le phénomène de crue. En quatre jours, la moitié nord du bassin de la Seine a recueilli 30 à 50 mm, la moitié Sud 60 mm à 100 mm, voire plus de 130 mm sur le Morvan. Ces cumuls sont exceptionnels en cette saison sur une durée aussi courte : ils correspondent sur la moitié Sud du bassin aux hauteurs relevées habituellement au mois de janvier.

Cumul des précipitations quotidiennes du 17-01-1910 au 20-01-1910. Source Météo-France.jpg
Le bassin parisien est caractérisé par des reliefs en bordure qui sont la cause de précipitations et de débits plus importants. Il peut être schématisé comme la forme d'entonnoir : l'ensemble des affluents de la Seine se rejoignent à proximité de Paris. Les temps de propagation des débits jusqu'à Paris sont à la fois croissants et variables. La plupart du temps, ces crues sont décalées (la Marne et la petite Seine passent après l'Yonne). En 1910, la concomitance des crues a généré l'événement exceptionnel.

Lors de la crue de 1910, 200 000 personnes ont été sinistrées et le fonctionnement des transports en commun (métro, tramways), des chemins de fer, des réseaux électriques et de gaz a été fortement perturbé. Les déchets ménagers ont dû être directement jetés dans les eaux de la Seine, et la reprise des activités n'a été possible qu'après plusieurs mois.
Les dégâts ont été estimés à 1,6 milliards d'euros.


Historique des dernières inondations

S'il n'y a pas été enregistré de crue d'ampleur exceptionnelle depuis 1955, le territoire a néanmoins dû faire face à trois crues majeures en moins d'un demi-siècle (1910, 1924, 1955), avec des hauteurs d'eau à l'échelle de Paris Austerlitz supérieures à 7m.

Illustration 6 : Principales crues enregistrées à la station Paris-Austerlitz depuis 1870. Source Préfecture de région Île-de-France, préfecture de police, EPTB SGL

A noter que les circonstances de ces crues sont également variables, soit une saturation des sols durant l'automne et une pluviométrie soutenue et généralisée sur le bassin versant, soit un gel des sols empêchant toute infiltration vers les nappes et favorisant donc le ruissellement rapide des eaux.

Évolution du territoire francilien

Une telle crue 1910 surviendrait aujourd'hui dans un contexte bien différent. En effet, durant la période 1950-1990, l'EPTB Grands Lacs de Seine (anciennement Institut Interdépartemental des Barrages Réservoirs des Bassins de la Seine - IIBRBS) a construit 4 barrages réservoirs sur la Seine, la Marne, l'Aube et l'Yonne pour soutenir l'étiage et limiter les effets des crues. Ces ouvrages permettraient en théorie d'abaisser d'environ 70 cm la hauteur d'eau à Paris, si une crue type 1910 se reproduisait aujourd'hui. D'autres travaux significatifs ont également été engagés pour augmenter la section d'écoulement de la Seine : dragage, corrections de ponts, réalisation de perrés maçonnés, suppression d'iles, etc.
Si l'ensemble de ces travaux ont notamment contribué à limiter la hauteur d'eau prévisible, il est clair que ceux-ci ne sont pas suffisants pour limiter les dégâts d'une telle crue en région parisienne.

Urbanisation de Paris et petite couronne en 1900. Source IAURIF Urbanisation de Paris et petite couronne en 1900. Source IAURIF Urbanisation de Paris et petite couronne en 1900. Source IAURIF

D'autre part, depuis 1910, la vulnérabilité des biens et des personnes a augmenté sur ce territoire.
La plaine alluviale a été fortement modifiée, aussi bien d'un point de vue topographique (remblais, ouvrages souterrains...) que du point de vue de son occupation : la région a en effet continué à accueillir une population plus nombreuse, et le territoire s'est développé en bordure de la Seine, profitant des opportunités économiques offertes par le fleuve et la circulation de marchandises.
L'analyse de l'évolution urbaine francilienne met en évidence un processus de développement et d'étalement urbain qui s'est amplifié dans le milieu du XXème siècle. Entre 1900-1960, l'urbanisation s'est étendue sur environ 66 000 ha ; entre 1960 et 1994 sur environ 40 000 ha supplémentaires.
D'autre part, le réseau du métropolitain s'est largement développé (on ne comptait qu'une seule ligne de métro en 1910), et les réseaux d’électricité, télécommunications par exemple se sont largement étendus pour satisfaire les besoins liés à l'augmentation de la consommation et au confort apporté par la modernité.

Exposition du territoire à l'aléa inondation

Caractéristiques des inondations auxquels peut être soumis le Val de Marne, département de petite couronne parisienne le plus exposé à ce risque. Source rapport CETE Méditerranée, 2010

Si une inondation de type 1910 survenait aujourd'hui, on estime que 508 communes d'Île-de-France seraient inondées, dont 31 sur plus de la moitié de leur territoire.

Les estimations montrent que les submersions pourraient atteindre plus de 2 mètres dans les secteurs les plus exposés (voire plus localement), avec une décrue s'étalant sur 6 à 8 semaines.

Les zones inondables ne couvrent que 4 % de la région Île-de-France (56 000 ha), mais les conséquences d’une crue majeure y seraient très importantes du fait de la concentration de personnes, de biens et de services.


Caractéristiques des inondations auxquels peut être soumis le Val de Marne, département de petite couronne parisienne le plus exposé à ce risque.  Source rapport CETE Méditerranée, 2010


Enjeux du territoire, en terme de vulnérabilités et de résilience

La complexité à appréhender l’ensemble des impacts d’une crue sur un territoire aussi dense, avec des fonctions interdépendantes multiples rendent difficile l’évaluation des dommages économiques d’une inondation. C’est d’autant plus vrai dans une métropole où de nombreux facteurs doivent être pris en compte : dépendance aux réseaux, densité des populations et de l’urbanisation, répercutions sur l’économie nationale.

En 1999, l’étude de l'EPTB SGL sur l'estimation des impacts socio-économiques d'une crue majeure de type 1910 a indiqué un coût minimum des dommages compris entre 15 et 20 milliards d’euros. Une estimation qui serait à doubler pour tenir compte de la dégradation des réseaux et des pertes d’exploitation des entreprises. Plusieurs dizaines de milliers d’établissements (grandes entreprises, PME, PMI, commerces…) implantés dans la zone inondable verraient leur activité affectée ou interrompue. A celles-ci s'ajouteraient les entreprises qui subiront les perturbations d'approvisionnement voire les difficultés pour leurs employés de rejoindre leur lieu de travail, du fait de la perte de viabilité des réseaux routiers et ferroviaires.
A titre de comparaison, les inondations dans l'Aude en 1999 ont coûté 530 millions d'euros et celles du Gard en 2002, 1,2 milliards d'euros. Les dégâts d'une crue en Île-de-France de type 1955 (occurrence trentenale) sont estimés à 4,5 milliards d'euros.
Les inondations de plaine en Europe Centrale sur des territoires à forte concentration d'activités économiques ont coûté 3 milliards d'euros à Prague (République Tchèque) et 22,6 milliards d'euros à Budapest (Hongrie) et Dresde (Allemagne) en 2002.

Occupation des zones inondables

En moyenne, les zones inondables de la région francilienne sont urbanisées à 40%. Ce chiffre atteignant 90% dans la petite couronne parisienne, et encore davantage pour Paris intra-muros où environ 1% des zones inondables sont des espaces naturels.
Les submersions pourraient atteindre plus de 2 mètres dans les secteurs les plus exposés et durer de 6 à 8 semaines.

Répartition des zones inondées selon l'occupation des sols en petite couronne. D'après les données IAURIF, 2011 Répartition des zones inondées selon l'occupation des sols en petite couronne. D'après les données IAURIF, 2011


Populations touchées et dysfonctionnements prévisibles

L'ordre de grandeur du nombre de personnes situées en zone inondable en région parisienne est estimé à 850 000 habitants.
Comparé aux chiffres du Service Observatoire et Statistiques (SOeS) du Commissariat Général au Développement Durable, la population localisée en zone inondable en France était de 6 238 933 personnes en 2008 pour le territoire métropolitain.
Les 850 000 personnes situées en zone inondable de la région parisienne représenteraient donc 14% de la population française habitant en zone inondable.

Zoom sur les impacts d'une inondation type 1910 en région parisienne.jpg

Près de 2 millions d’habitants seraient impactés par des fragilités électriques, 2,7 millions par des coupures d’eau potable. On estime également que 5 millions d'habitants seraient impactés par divers dysfonctionnements des réseaux (électricité, assainissement, eau potable, télécommunications) ; dysfonctionnements qui perturberont également le fonctionnement global du territoire, dans ses flux matériels, de services et virtuels.
D'autre part, la lente décrue de la Seine (environ 8 semaines), l'évacuation difficile des déchets ménagers et des eaux usées, les difficultés de production et de distribution d'eau potable font craindre des problèmes d'hygiène et sanitaire auxquels il faudrait faire face.

Activités économiques

La région est le premier pôle d'emploi de France. Avec un PIB de 552 700 millions d'euros et un PIB/habitant de 47 126 euros en 2008, c'est sans conteste la région qui produit le plus de richesse en France. L’économie de l'Île de France est fortement axée sur le secteur tertiaire, et concentre plusieurs sièges de grands groupes nationaux ou internationaux. C'est aussi la première région industrielle de France, et ce malgré une forte désindustrialisation de la région par le passé.
L'agriculture, qui occupe 45% du territoire, est l'une des plus productive de France.

En cas de crue type 1910, le fonctionnement de l’agglomération parisienne serait forcément bouleversé et sa compétitivité économique pourrait s'en trouver menacée.
D’après les chiffres de l'IAURIF (2007), 170 000 entreprises seraient impactées, avec comme conséquence une paralysie et/ou un endommagement des outils de production, des pertes d’exploitation…
55 700 établissements seraient directement inondés et 630 000 emplois potentiellement exposés. Plus de 80% des établissements impactés par l'inondation sont situés en petite couronne. Plusieurs dizaines de milliers d’établissements (grandes entreprises, PME, PMI, commerces) implantés dans la zone inondable verraient leur activité affectée ou interrompue.

Enjeux liés aux fonctions métropolitaines

Au-delà des vies humaines, des bâtiments exposés, des activités économiques perturbées, il convient de rappeler que l’Île-de-France est également une centralité administrative qui concentre tous les organes du pouvoir français. On y trouve naturellement la présidence de la république, son gouvernement, le parlement mais aussi les sièges des différents ministères et un grand nombre d'établissements publics d'influence nationale. La préservation d'un fonctionnement minimal des fonctions métropolitaines est donc un enjeu essentiel pour le fonctionnement des institutions et de la continuité du pays tout entier.

De plus, l’image de Paris attire les investisseurs nationaux et étrangers qui contribuent directement à la bonne santé de l’économie régionale et nationale. Un salarié francilien sur huit travaille dans un groupe étranger. Les investisseurs plébiscitent l’accessibilité, la qualité de la main-d’œuvre, mais aussi la qualité de vie qui constitue un élément décisif pour leur implantation.

Enfin sur le registre touristique, l'attractivité de Paris est largement reconnue. La capitale accueille chaque année près de 26 millions de personnes, dont 18 millions d’étrangers. L’endommagement du patrimoine historique et paysager, ou même la fermeture provisoire, auraient des conséquences très importantes en terme d'économie et même d'image.
Selon la CCI de Paris, l’activité touristique génère plus de 140 000 emplois directs et 150 000 emplois indirects et induits, soit au final 15% des emplois touristiques nationaux.

Problématiques majeures retenues

Objectifs de l'analyse

Les caractéristiques du cas de l'Île-de-France ayant motivées son analyse sont : d'une part l'ampleur et la densité de population et d'enjeux socio-économiques de la région considérée, et d'autre part l'originalité de la démarche de prévention et de préparation à la crise menée par la préfecture de police de Paris, en qualité de préfecture de zone de défense de Paris. L'organisation administrative de l'Île-de-France est rappelée ci-dessous.

Une organisation administrative particulière de l'Île-de-France

Périmètre de la zone de défense et de sécurité de Paris. Source Préfecture de Police de Paris
En général, les préfets occupent un poste territorial de préfet de département. Le préfet du département chef-lieu de la région se trouve également préfet de région, et le préfet de la région chef-lieu de zone de défense et de sécurité endosse la fonction de préfet de zone de défense et de sécurité.

L’Île-de-France présente cependant une organisation administrative et fonctionnelle particulière, avec la cohabitation de deux autorités préfectorales :
- le préfet de la région Île-de-France, également préfet du département de Paris,
- le préfet de Police de Paris, également préfet de la zone de défense.
Géographiquement, le périmètre de la zone correspond exactement à celui de la région.

Le préfet de Police de Paris est le préfet de la zone de défense et de sécurité, zone correspondant à la circonscription administrative spécialisée dans l'organisation de la défense civile et économique. Le secrétariat général de la zone de défense et de sécurité (SGZDS) est ainsi chargé de planifier l’organisation des secours en Île-de-France en cas de crise majeure (inondations, canicule, pandémie grippale, attentats, etc.), en liaison avec tous les partenaires privés et publics et les services de secours concernés.

En matière de prévention et de gestion des risques, les services de l'État présents dans la région évaluent, chacun selon leur domaine de compétence respectif, les conditions de survenance des différents événements naturels, sanitaires ou technologiques susceptibles de porter atteinte à la sécurité et à l'intégrité des biens et des personnes, et contribuent à l'élaboration de plans dédiés à leur gestion.
Sur cette base, il revient au préfet de région de coordonner et de s'assurer, au niveau régional, de la mise en place d'un certain nombre de dispositifs, puis d'activer les alertes, au niveau départemental, en prenant les arrêtés nécessaires à leur mise en œuvre effective.

L'analyse ici conduite n'a pas pour objet de dresser un panorama exhaustif des actions engagées vis-à-vis du risque inondation par les acteurs d'Île-de-France, mais poursuit les objectifs suivants :

  • Étudier la démarche mise en œuvre par la préfecture de police de Paris, dont les spécificités identifiées a priori sont :
  • d'intervenir sur un territoire complexe, siège d'enjeux à la fois nombreux et singuliers par les fonctions métropolitaines assurées, et fortement exposé au risque d'inondation,
  • d'associer un très grand nombre d'acteurs, dans le cadre d'une gouvernance originale dont les contours restent à appréhender (jeu d'acteurs, légitimité et posture, rôle et motivation...),
  • de permettre une mobilisation directe des acteurs, au titre de leur contribution à la planification de la réponse de sécurité civile, et/ou en conséquence de la démarche zonale, pour réduire leurs propres vulnérabilités et développer leurs capacités de résilience.
  • Comprendre comment cette démarche alimente ou s'est alimentée des autres actions menées par les acteurs concernés par la gestion des risques,
  • Appréhender la construction d'une préparation, d'une prévention...d'une résilience en Île-de-France vis-à-vis du risque inondation ?
  • Identifier les enseignements et leur transposabilité à d'autres territoires, en terme d'éléments favorables, freins et leviers d'actions.

Méthode et acteurs rencontrés

Afin de répondre à ces objectifs, une grille de questionnement a été définie autour des thématiques pré-identifiées, afin de les aborder avec les acteurs dont la liste a été validée par le CGDD.
Vu les délais impartis, les enquêtes ont été réalisées auprès d'un nombre restreint d'acteurs (une vingtaine), qui reflète cependant une certaine représentativité en terme d'organismes et de type de vulnérabilités abordées :

  • le panel d'acteurs regroupe des représentants des services de l’État, des collectivités territoriales, des opérateurs publics et économiques.
  • bien que la première entrée de la démarche de la préfecture de police de Paris paraisse connotée "gestion de crise", il s'agit d'une démarche globale qui s'intéresse directement à la vulnérabilité du territoire dans son fonctionnement (activités, flux matériels et virtuels...) et dans son organisation (institutions, gouvernance...).

La liste des personnes rencontrées est présentée en annexe. Les enquêtes ont été conduites par le CETE Méditerranée et le CETE Île-de-France, d'octobre 2012 à janvier 2013, et complétées par des recherches bibliographiques, pour certaines directement conseillées par les interlocuteurs.
D'autre part, en amont des analyses territoriales, les travaux communs établis lors des comités de pilotage de l'action AIRT ont fourni une base de référence : classes de vulnérabilités, définition (et questionnements) autour de la notion de résilience.

Actions prévues, menées, ou abandonnées en vue d'augmenter la résilience du territoire

Comme indiqué précédemment, le risque d'inondation majeure en Île-de-France est un risque avéré qui menace de forts enjeux en terme de population impactée, de perturbations de l'activité économique voire institutionnelle du territoire. Les conséquences dépassent le « simple » périmètre de la métropole.
Face à ce risque, les acteurs de la prévention des risques et de la gestion de crise mettent en œuvre plusieurs actions, dont une partie a pu être appréhendée à partir du travail d'enquête et de bibliographie. La synthèse présentée ci-dessous propose une analyse de ces mesures, qui contribuent à la construction d'une résilience de Île-de-France au risque inondation.

Une montée en puissance progressive de la prise en compte du risque, mobilisant d'abord les pouvoirs publics

Avec un point de départ qu'on peut situer dans les années 2000, la prise en compte du risque inondation s'est effectuée de manière progressive en Île-de-France, mais avec une impulsion notable de la part des pouvoirs publics.

La connaissance de l'aléa a pu être affinée et également mieux affichée. Les scénarios d'aléas et de montée des eaux de la DIREN ont sans aucun doute grandement contribué à cette avancée. Ces scénarios, réévalués et mis à jour depuis, présentent une approche par paliers. Elle peut toutefois paraître insuffisamment adaptée pour une prise de décisions graduées et appropriées.

La caractérisation des aléas de référence a été harmonisée sur la base d'une crue historique (1910), puis des études hydrauliques ont permis d'améliorer localement la connaissance sur les hauteurs et les vitesses de l'eau en milieu urbain complexe.
Le début des années 2000 a vu naitre les premiers Plans de Prévention des Risques d'Inondation (PPRI) en proche couronne puis grande couronne parisienne, où s'est donc posée la question de l'exposition de ces territoires aux aléas d'inondation et de la réglementation qu'il convenait de définir en terme de construction, d'urbanisme et d'occupation des sols. Même si les réflexions se sont davantage traduites en terme de prescriptions pour les projets nouveaux que de gestion de l'existant (travers relevé de manière générale dans la démarche PPR), il s'est agi là d'une avancée conséquente en terme de réflexion territoriale de prévention du risque.

Plusieurs éléments ont permis de prendre conscience de l'ampleur des dommages potentiels d'une inondation majeure en Île-de-France. Même si les estimations demeurent macroscopiques et les conséquences d'une crue difficiles à préciser (du fait de la complexité du fonctionnement du territoire et des effets dominos), les études diligentées par l'EPTB SGL dans les années 2000 ont permis de mesurer l'importance économiques des impacts d'une crue type 1910 en Île-de-France et les effets décuplés qu'un tel événement aurait sur le territoire. Ces études ont été conduites dans le cadre de la mise en service du 4ème lac réservoir sur l'Aube.

Outre ces estimations, les inondations de 2002 en Europe Centrale qui ont fortement touché la ville de Prague ont montré à quel point le fonctionnement de cette ville – similaire à la capitale parisienne sur certains points – pouvait être fortement perturbé à la suite d'une inondation majeure, de la même façon que les villes de Budapest et Dresde citées précédemment.


Vue aérienne des inondations de Prague en 2002. Source DIREN Île-de-France
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Inondation de la ville d'Usti nad Labem par l'Elbe (viaduc ferroviaire ligne Ustecko-Teplice) au nord ouest de Prague en 2002. Source CETE Île-de-France
Évacuation des personnes vulnérables. Source Ville de Prague. Illustration 28 : Risques sanitaires après la décrue. Source DIREN Île-de-France


Ce sont sans doute le partage des connaissances sur l'aléa et celui des enjeux exposés qui ont conduit les acteurs publics à se mobiliser fortement autour des questions de gestion du risque, d'une part en terme de prévention et d'autre part en terme de préparation à la gestion de crise. Enfin, l'investissement des efforts ne peut pas se concentrer seulement sur une politique de «  protection », qui peut se trouver confrontée à des limites aussi bien techniques que financières (cf. 3.3 et 6.5).
Au sein de l'EBTP Seine Grands Lacs, un pôle « réduction de la vulnérabilité aux inondations », rattaché à la direction générale des services, sera notamment créé pour répondre à la demande formulée en 2004 par le préfet coordonnateur de bassin Seine-Normandie sur ce point.

Une démarche originale de mobilisation des gestionnaires de réseaux structurants

Face à ce risque majeur, la Préfecture de Police de Paris a souhaité mettre en place une démarche collective, associant les acteurs des réseaux structurants pour le fonctionnement du territoire : administrations, opérateurs, entreprises privées. Près de 250 acteurs ont ainsi été approchés.

Les premiers pas de la démarche

Cette démarche a été initiée sous l'impulsion de Mme le Préfet Merli (poursuivie depuis par Mme le Préfet Monteils) et le service Protection des Populations, afin de préparer un Plan de Secours Spécialisé Inondation Zonal (juin 2001). Ce PSSIZ est devenu l'actuelle disposition spécifique inondation du dispositif ORSEC. L'objectif est de préserver les réseaux structurants pour le fonctionnement du territoire, afin de maintenir les secteurs d'activité identifiés comme essentiels à la continuité de la vie socio-économique, et ainsi assurer la sauvegarde des populations et des acteurs économiques.
Les premières années de la démarche ont été consacrées à l'établissement d'un état des lieux pour bien en prendre la mesure des risques. Chaque opérateur a conduit une analyse des enjeux, de la vulnérabilité de son réseau vis-à-vis du risque d'inondation et des réponses possibles pour développer sa résilience.
Cette phase a constitué une étape incontournable d'analyse et de partage des connaissances, notamment pour une meilleure compréhension mutuelle de la défaillance de l'un des réseaux structurants et pour définir en conséquence les principes opérationnels d'intervention du préfet.
Elle a sans doute été facilitée par les échanges déjà initiés entre la préfecture de Police de Paris et les opérateurs à l'occasion de la préparation du « passage à l'an 2000 ». Outre la politique nationale très dynamique qui avait alors accompagnée cette réflexion, les acteurs avaient trouvé une motivation interne évidente à agir avec efficience.
La Préfecture de Police de Paris a ainsi eu un rôle relativement fort auprès des opérateurs pour l'évaluation par chacun d'eux des conséquences du dysfonctionnement de leur réseau (notamment en terme de personnes privées d'alimentation ou impactées) en fonction des différents scénarios d'inondation établis.
Depuis, ceux-ci sont périodiquement sollicités pour actualiser ces données, et des réunions régulières sont organisées autour du sujet.

L'analyse de vulnérabilité des opérateurs

Cartes des vulnérabilités du territoire, liées aux dysfonctionnements prévisibles de certains réseaux structurants. Source SGZDS
Les estimations sont réalisées selon un cadre commun à tous les opérateurs. Quatre scénarios régionaux de crise appelés R0.6, R0.8, R1.0 et R1.15 sont ainsi utilisés comme références : ceux-ci correspondent à des niveaux de crues calculés à partir du débit de la crue historique (respectivement 60, 80, 100 et 115 % du débit de la crue de 1910).

Ces données d'entrée sur l'aléa permettent ainsi à chaque opérateur de réaliser un « audit inondation », afin de déterminer les impacts de la crue sur son système et d'en estimer la vulnérabilité, d'évaluer les possibilités de poursuite d'activités éventuellement en mode dégradé, et d'envisager les conditions de retour à un fonctionnement normal. Cet audit doit permettre d'identifier et de mettre en œuvre les actions nécessaires pour la continuité d'activité, la protection des installations et la reprise d'une activité normale le plus rapidement possible après la décrue.
Si les premières évaluations ont logiquement mis du temps à se mettre en place, l'apport de connaissances a été très riche, et a ainsi permis à la Préfecture de Police de Paris d'établir des cartes d'impacts des dysfonctionnements des différents réseaux structurants en différentes parties du territoire.
La mise à jour de ces cartes - à la suite d'actions de résilience de certains opérateurs - permettent ainsi d'évaluer le bénéfice apporté par ces mesures, en terme de limitation des impacts.

L'animation du réseau d'acteurs et la vie du dispositif ORSEC

Les objectifs de la zone de défense sont aujourd'hui d'accompagner les opérateurs dans la mise en œuvre de leur plan d’urgence, de mobiliser et prioriser les renforts en groupes électrogènes et hydrocarbures pour limiter les ruptures d’approvisionnement, organiser les moyens de transport de substitution pour les agents essentiels à la gestion de crise.

Les principes du dispositif ORSEC

La disposition spécifique inondation du dispositif ORSEC établit la réponse opérationnelle de la Zone de Défense au fur et à mesure de la montée des eaux et des impacts de la crue ainsi que de l’action des opérateurs. Elle a été élaborée autour de 6 groupes de fonctions essentielles : Communications, Transports et circulation, Économie, Vie quotidienne des populations, Santé, Sécurité générale.
La planification repose sur 4 principes : la sauvegarde de la population, la permanence des services de secours et de police, le maintien des liaisons gouvernementales, et l’autonomisation des acteurs économiques et sociaux, qui représente un point essentiel.

L'approche de la commémoration du centenaire de la crue de 1910 a engendré une remobilisation importante autour du sujet du risque inondation. Parmi les différentes actions menées par la Préfecture de Police de Paris dans ce cadre, l'exercice « En Seine 2010 » organisé en 2010 a souligné les interdépendances entre les différents acteurs (le fonctionnement des réseaux d’eau potable requièrent par exemple le maintien de l’électricité et des télécommunications). Cela a donné lieu à la création d’une dizaine de groupes de travail, à l’origine temporaires.

Les enseignements de l'exercice « En Seine 2010 »

Cet exercice a permis de réunir durant deux jours à la Préfecture de Police de Paris tous les opérateurs privés et les institutionnels publics, autour d’un grand exercice d’état major simulant une crue majeure à Paris. L'exercice a révélé que chacun travaillait sur le scénario d’une crue centennale de manière individuelle, dans un cloisonnement bien peu pertinent pour répondre à une crise aussi globale. L’exercice fut donc l’occasion pour l’ensemble des opérateurs de se connaître, de mieux appréhender les problématiques propres à chacun et de travailler de concert dans un objectif de complémentarité.

Groupes de travail initiés à l'issue de l'exercice « En Seine 2010 ».jpg

Pérennisés depuis, ceux-ci ont été complétés par d'autres groupes de travail, notamment sur les thématiques distribution fiduciaire, La Défense (92), chauffage urbain et assainissement, et pourraient être étendus à d'autres sujets, tels que les réseaux de gaz. Certains de ces groupes de travail sont co-pilotés par la DRIEE.
Ces groupes de travail sont l'occasion de poursuivre les réflexions initiées lors de l'exercice « En Seine 2010 », dans l'objectif de connaître les perturbations prévisibles sur le territoire, de réduire la vulnérabilité des réseaux structurants et d'assurer la continuité d'activité pour renforcer la résilience du territoire. Ces réflexions sont le lieu d'échanges sur les connaissances, les interdépendances, les besoins vis-à-vis d'autres opérateurs ou de l’État (être capable de fournir le plan de circulation routière en cas d'inondation majeure par exemple). Les données utilisées sont mises à disposition sur la plateforme web CRISORSEC mise en place par la Préfecture de Police (accès non public).

Si la démarche a connu des périodes plus ou moins intenses, son point fort réside bien dans la réussite d'un maintien de la dynamique sur le long terme, avec la mobilisation directe d'un grand nombre d'acteurs : au titre de leur contribution à la planification de la réponse de sécurité civile, et/ou en conséquence de la démarche zonale, pour réduire leurs propres vulnérabilités et développer leurs capacités de résilience.
Selon l'ETPB SGL, une des principales avancées apportée par la Préfecture de Police de Paris au lancement de la démarche est d'avoir utilisé un référentiel unique de scénarios de crues (émanant des services de l’État) même s'il est perfectible, qui a permis de fixer des bases communes aux réflexions de tous les acteurs.
La démarche semble avoir réellement eu un effet moteur dans la prise de conscience des opérateurs de réseaux structurants et dans la façon d'aborder les interdépendances, sujet relativement délicat. Le pilotage fort assuré par la Préfecture de Police de Paris représente un point d'appui important pour certains, et peut être moins bien reçu par d'autres, selon leur degré d'implication dans la démarche ou leur perception des partages de responsabilités.
Enfin, il semblerait que le lien avec les missions de contrôle régalien (autre posture de l’État, qui implique des connaissances techniques bien réelles) n'ait pas été directement établi dans les premiers contacts avec les opérateurs. Ce rapprochement permettra une stratégie d'actions davantage coordonnées au sein des services de l’État.

Des démarches globales de prévention engagées par les opérateurs de réseaux

Les échanges avec les opérateurs audités font ressortir une habitude de gestion des aléas courants sur leur réseau, et une notion de « crise » qui fait partie du métier. Leurs actions de préparation à une inondation sont intégrées dans une réflexion globale de préparation aux situations de crise, tels que attentat, accident, grève pour la RATP ou encore tempête, coup de vent, neige collante pour le réseau aérien d'ERDF par exemple.
Certains opérateurs ont ainsi engagé des travaux depuis plusieurs années pour réduire leur vulnérabilité (on peut notamment citer le Plan de Prévention des Risques d'Inondation interne de la RATP). Les techniques de gestion interne, de communication externe ou encore de relations avec des entités et services extérieurs à l'entreprise ont pu être éprouvées lors de crises autres que l'inondation.

En terme de motivation à agir, la démarche mise en place par la Préfecture de Police de Paris, les nouvelles dispositions réglementaires (loi de 2004 concernant la loi de modernisation de la sécurité civile, plan ORSEC) et la prise de conscience des conséquences potentielles d'une inondation - notamment en terme d'image pour l'opérateur - a fortement incité ERDF à mieux se préparer à une inondation majeure sur le territoire francilien. ERDF Île de France assure en effet chaque jour l'exploitation, le développement et l'entretien de 79 400 km de lignes électriques, dont 80% sont en souterrain pour garantir une qualité de fourniture et de services aux 6,1 millions de clients sur les 1281 communes d’Île-de-France, utilisateurs du réseau. Comme vu au 4.2, 2 millions de personnes seraient affectées par des coupures électriques en cas de crue majeure type 1910.

Pour la RATP, la protection du patrimoine se situe indubitablement au cœur de la démarche de l'opérateur, justifiée par la valeur économique du patrimoine et du coût de sa remise en état. Ces arguments guident les investissements à consentir pour la protection. Initiés depuis plusieurs années, ceux-ci se trouvent ainsi de moins en moins conséquents au fil des ans. Les quelques millions d'euros d'investissements pour la protection sont à mettre en regard avec les milliards d'euros de pertes en cas de crue.

De la même façon (selon les termes de la Préfecture de Police de Paris), de grandes enseignes alimentaires voient des opportunités à leur participation au dispositif de crise pour mettre en avant une image solidaire, une continuité de leur activité et, bien sûr une réduction de leur perte d’exploitation : une enseigne qui pourrait proposer des denrées alimentaires ou de première nécessité en période de crise verra un retour sur investissement sur les mesures prises pour rendre son centre commercial plus résilient à l'inondation.

Les actions mises en œuvre par les opérateurs couvrent plusieurs aspects de la gestion de leur fonctionnement. A titre d'exemple, les actions de résilience mises en place par ERDF se déclinent en quatre volets sur le risque inondation :

  • Connaissance du niveau d'exposition du réseau : le diagnostic de la vulnérabilité du réseau est réalisé en fonction des quatre scénarios d'inondation de référence (cf. 6.2). Les principaux ouvrages électriques vulnérables lors d’une crue sont les postes sources et les postes HTA/BT, et l’étude d’impact d’une crue en matière d’alimentation électrique repose essentiellement sur l’état de ces ouvrages, répertoriés selon 3 états électriques : « non impacté », « inondé » (inondés et coupés) ou « non inondé coupé » (l’inondation d’ouvrages adjacents conduit à la coupure).
  • Réduction de la vulnérabilité du réseau : une fois les points de vulnérabilité identifiés, des investissements sont programmés pour réaliser des travaux de réduction de vulnérabilité, notamment sur certains postes sources stratégiques ou pour la mise en place de protections.
  • Planification et préparation de la gestion de crise : en cas de crise, un dispositif graduel est mis en place. La gestion d'événement est réalisé au niveau de la direction régionale (niveau 1), voire inter-régionale (niveau 2) selon l'ampleur de l’événement. Cela nécessite de faire appel à différentes entreprises pour protéger ou réhabiliter le réseau. En cas d'évènement majeur, il est fait appel au niveau national (niveau 3) qui s'appuie sur d'autres régions et la FIRE (Force d'Intervention Rapide Électricité), permettant une mobilisation rapide de moyens humains et matériels auprès des entreprises partenaires d'ERDF : 2 000 hommes et 2 500 groupes électrogènes pour venir en renfort des équipes déjà en place.

La mobilisation d'entreprises partenaires en cas de crise est bien programmée, par le biais d'un marché d'astreinte des entreprises de travaux publics. En revanche leur éventuelle indisponibilité n'est pas envisagée (ce qui serait probable en cas d'inondation importante sur le territoire francilien).

Des plans complètent l'organisation pour l'intervention en période de crise : les Plans ADEL (Aide au Dépannage de grande ampleur en Électricité, avec mise en place d'une cellule de crise qui coordonne l'ensemble du dispositif opérationnel départemental) et COREG (Communication et Organisation en cas d’Évènements graves, avec coordination de la communication et interface avec les élus et services territoriaux pour fournir les renseignements, la presse...).

  • Mise en place d'un Plan de Continuité d'Activité (PCA) : ERDF a identifié les bases opérationnelles (maintenance, dépannage) qui seraient touchées par l’inondation ; certaines de ces bases seraient délocalisées sur d’autres sites. Un « plan de reprise » de l’électricité a été pensé en fonction des différents scénarios, pour accélérer le retour rapide de l’électricité, en envisageant des fermetures et mises hors tension d'unité et mobilisation d'unités alternatives.
  • Sensibilisation des partenaires extérieurs (clients, autres opérateurs de réseaux) : le risque d'inondation est pris en compte lors de toute nouvelle installation ou raccordement. La mise en service n'est effective que si le poste client respecte les mesures obligatoires. C'est à cette occasion que le lien est fait avec le client (qui ensuite choisira librement son fournisseur, qu'il s'agisse d'EDF ou d'un de ses concurrents). S'il s'agit d'un particulier, la commune lui aura a priori déjà signalé en amont.

L'intégration du risque dès l'amont (conception, exploitation) est également très importante. Dans le cas du réseau de la RATP, le développement historique des lignes, après guerre et pendant les trente glorieuses, semble s'être fait sans prise de conscience réelle du risque d'inondation et sans adoption de mesures particulièrement adaptées. Depuis, la RATP a capitalisé ses propres expériences et celles d'autres opérateurs de transports à l’étranger (Londres, Prague…), ce qui lui permet d'intégrer aujourd'hui la question de l'inondation pour la conduite de ses nouveaux projets. Les nouvelles réflexions sur l'alimentation en énergie notamment prennent en compte le risque inondation.

A noter en terme de technique, les inondations de Prague en 2002 ont montré l'intérêt des galeries multi-réseaux, qui permettraient de limiter les dégâts (protection des réseaux et mutualisation des gaines de conduite) et d’accélérer le retour à la normale. Ce retour d'expérience n'a apparemment pas permis de déboucher sur des évolutions franciliennes, qui peuvent soulever des questions techniques et politiques.

Quelques freins sont toutefois rencontrés pour la mobilisation en interne : une crue majeure n'arrivant pas tous les ans, il est parfois difficile de mobiliser les acteurs internes, qui ont des problèmes plus immédiats à gérer. La recherche de synergies entre la protection contre l'inondation et d'autres problématiques permet d'assurer une mise en œuvre régulière de mesures d'accroissement de la robustesse du système.

D'autre part selon ERDF, le dispositif de crise « universel » sera mobilisé en cas de crue. La culture du risque dans l'entreprise et le niveau de préparation permettent d'avoir un bon niveau de confiance dans ce dispositif de crise. Un des points de vigilance interne réside cependant dans la nécessaire pédagogie à avoir autour de ce risque, qui - s'il est bien connu par les initiés - peut l'être de manière limitée par les différents acteurs mobilisés. Il est pour cela important de réaliser des exercices et mises en situations. C'est notamment le cas chez la RATP tous les ans, où un rappel du « rôle de chacun » est mis en place en interne notamment par l'intermédiaire d'exercice.

Les actions engagées par les collectivités territoriales

A l'échelle de la ville de Paris, les services municipaux se sont engagés dans l’élaboration de Plans de Protection Contre les Inondations. Ces PPCI, dont la réalisation est rendue obligatoire par le Plan de Prévention des Risques de Paris, concernent tous les établissements relevant de la compétence de la ville de Paris et plus globalement des administrations publiques à compétence nationale, régionale, départementale (en zone rouge, bleue, ou verte).

Environ 4000 établissements soumis à PPCI ont été recensés, ce qui rend leur mise en œuvre assez lourde pour les administrations (Ville de Paris, Préfecture du 75, Préfecture de Police), avec la nécessité d'une part de définir précisément les fonctions de chacun, et d'autre part d'en assurer le suivi avec des ressources dédiées (assuré par la DRIEA et la ville de Paris).

En abordant les points suivants, la réalisation du dossier PPCI apporte cependant une véritable occasion de s'interroger sur la vulnérabilité de chaque établissement et les possibilités de renforcer leur résilience face à une inondation majeure :

  • Mesures préventives destinées à diminuer la vulnérabilité de l’existant,
  • Mesures préventives destinées à diminuer la vulnérabilité des équipements et installations futurs,
  • Mesures prises pendant la crue pour prévenir les dégâts causés par les eaux, en identifiant précisément les ressources internes et les ressources externes mobilisées,
  • Mesures prises pendant la crue pour assurer un service minimal de transport en commun,
  • Procédures d’auscultation et de remise en état du réseau après la crue.

Au niveau du bassin Seine Amont, l'EPTB SGL est membre depuis sa création de l’Association Française des EPTB (AFEPTB), qui prône une gestion durable des fleuves et rivières par les collectivités territoriales. En étant reconnu comme Établissement public territorial de bassin depuis février 2011, l'EPTB Seine Grands Lacs a vu ses missions s'élargir au service des territoires en jouant un rôle d'information, d'animation et de coordination aux côtés des collectivités territoriales. Il participe également au travail en réseau avec les autres organismes publics de niveau national ou de bassin (État et agence de l’eau).

Les actions de l'EPTB SGL s’inscrivent dans la dynamique régionale de réduction des risques (Grenelle de l’Environnement, SDRIF, SDAGE 2010-2015, Plan Seine 2007-2013, PPR Inondation).
Ces différents schémas et plans indiquent que la réduction de la vulnérabilité des personnes et des biens exposées au risque d'inondation en Ile de France sont des actions prioritaires pour limiter les dommages directs et indirects liés aux inondations.

Le Plan Seine
Réduire les effets d'une crue majeure sur la Seine (type 1910) représente l'enjeu stratégique n°1 du plan Seine. Il regroupe la volonté de gestion globale du risque d’inondation et de restauration de la qualité des milieux.
La convention quadripartite signée le 7 août 2008 à ce titre par les Grands Lacs de Seine (devenus EPTB SGL depuis) avec l’État, l’Agence de l’eau Seine-Normandie et la Région Île-de-France, prévoit sur la période 2007-2013 la réalisation et le financement d’actions de réduction de la vulnérabilité aux inondations et la poursuite des études du projet de la Bassée en Seine et Marne.

Parmi les actions engagées, l'EPTB SGL intervient aux côtés des collectivités pour la réalisation des Plans Communaux de Sauvegarde et pour la pose de repères de crues, et participe à la constitution d'une base de données de ces repères en partenariat avec les DREALs.
Il participe au diagnostic des protections locales à l’échelle du bassin, en apportant un appui au recensement de ces protections, en partenariat avec les DREALs et services de la police de l’eau, des digues sans propriétaire et sans gestionnaire actif. Il contribue d'autre part à l’évaluation des possibilités de restauration de zones humides, zones d’expansion de crues et d’espaces de mobilité des cours d’eaux.
Peut également être cité le travail avec les entreprises du bassin Seine Amont exposées aux risques d’inondation, pour tester une méthode de diagnostic en Ile de France (diagnostics de vulnérabilité et plans de continuité de l'activité des entreprises) : l'EPTB SGL a réalisé 10 diagnostics d'entreprises en partenariat avec la CCI de Paris.

Une diminution de l'investissement dans les travaux de protection contre l'aléa

Outre les grands travaux réalisés dans les années 1950-1990 avec la construction des 4 barrages réservoirs sur la Seine, la Marne, l'Aube et l'Yonne pour le soutien d'étiage et la limitation des hauteurs de crue, des murettes anti-crues ont été installées sur les berges à Paris et dans les zones de petite couronne à proximité de Paris intra-muros. Ces ouvrages sont gérés par les collectivités territoriales (Conseils Généraux, communes), qui n'ont pas été rencontrés dans le cadre des entretiens.

Ces travaux peuvent contribuer en partie à la non-inondation de certaines zones jusqu'à un niveau de crue donné : les effets des barrages sont estimés contribuer - dans un contexte favorable - à la diminution de 70 cm environ pour la hauteur d'eau dans Paris intra-muros, et les effets des murettes - sous réserve de bon entretien et de mise en place des batardeaux mobiles en cas de crue - permettent à certains secteurs au Nord du Val de Marne par exemple d'être protégés contre des inondations de fréquence cinquantennale. L'efficacité de ces ouvrages semble avoir fait ses preuves lors des inondations de 1982 (décennale). Les protections locales (murettes, digues, batardeaux, etc.) ont été adoptées par certaines collectivités territoriales pour protéger les quartiers les plus touchés en cas de crue.
Cependant, ces aménagements ont été rarement conçus de façon coordonnée (déversoirs de sécurité, côte de protection, contournement par l'amont ou l'aval, prise en compte de la montée de la nappe d'accompagnement de la rivière…voire sur-inondation de la rive opposée), ce qui peut limiter leur efficacité réelle.

Localisation et schéma de principe des ouvrages de la Bassée.jpg

Si les actions des départements d’Île-de-France se sont axées sur la lutte contre les inondations pendant plusieurs années, les ouvrages dits «de protection» ne sont plus apparus comme pouvant assurer une protection «totale» par rapport aux inondations. Il semblerait que les projets aient progressivement évolué vers des démarches de reconquêtes des berges – davantage que vers des « programmes de défense » - qui impliquent d’assurer en premier l’intégrité de «l’infrastructure berge» et de développer des itinéraires de promenades le long des berges ou à proximité au lieu des ouvrages de protection.

Toutefois, l'île-de-France pourra bénéficier d'un dernier aménagement qui permettrait d'« agir sur l'aléa » et de compléter les actions des ouvrages de protection existants : il s'agit du projet hydraulique d’aménagement de la Bassée, porté par l'EPTB Seine Grands Lacs.

Ce projet est inscrit dans la programmation d’actions pour le développement durable de la Seine, conformément aux engagements du SDAGE, du Plan Seine et des contrats de projet inter-régionaux, et poursuit deux objectifs :

  • un objectif hydraulique d'écrêtement des crues, en mobilisant la plus grande plaine inondable du bassin de la Seine,
  • un objectif écologique de restauration de la zone humide de la Bassée, qui représente la zone la plus importante d’Île-de-France, et qui a de tous temps joué un rôle de tampon pour les crues de la Seine.

L’aménagement sera constitué de casiers délimités par des digues paysagères. L’ouvrage comprendra 58 km de talus de faible hauteur qui délimiteront 2 300 hectares d’aires de sur-stockage en aval de Bray-sur-Seine. Le volume stockable par pompage pendant la pointe de crue de l’Yonne est estimé à 55 millions de m3. En cas de fortes crues de l’Yonne, le débit de la Seine serait réduit en amont de la confluence des cours d’eau par son stockage dans les casiers de la Bassée, afin de diminuer la pointe du débit à la confluence.
L’aménagement ne sera sollicité que pendant une quinzaine de jours tous les cinq ans en moyenne, lors des fortes crues, et n’entravera pas le libre écoulement des eaux en période normale. Cet aménagement permettra ainsi en réduisant de façon significative le débit de pointe de la Seine en aval de la confluence Seine-Yonne d’abaisser, sans toutefois les supprimer totalement, les niveaux de crue et les dommages associés à ces crues.

Après une concertation initiée depuis 2001 avec les acteurs locaux et les parties prenantes (collectivités territoriales, carriers, chasseurs et pêcheurs, agriculteurs, associations naturalistes, archéologues), un débat public s'est déroulé entre novembre 2011 et février 2012, avec des réunions sur le territoire du projet et dans toute la région Île-de-France.

Cependant, bien que le site constitue la dernière zone d'expansion des crues mobilisable - et donc la dernière opportunité de réduire l'aléa - un manque de soutien de la part des décideurs et des acteurs de l'eau semble ressenti.
Actuellement, le projet s'oriente vers la création d'un casier pilote (modèle réduit) sur le site de la Bassée, avec l'objectif de développer de la conscience du risque d'inondation. Le financement sera mobilisé à hauteur de 100 millions d'euros (contre les 500 millions d'euros initialement prévus).

La prise en compte du risque dans l'aménagement en Île-de-France : une opportunité dans le renouvellement urbain

Les règles d'aménagement en zone inondable

Les Plans de Prévention des Risques d'Inondations par débordement de la Seine et ses affluents (présentés au 6.1) représentent un outil de maîtrise de l'urbanisation dans les zones exposées ou susceptibles d'aggraver l'aléa. Servitude d'utilité publique, ce document est opposable pour toutes les constructions, travaux ou aménagements en zone inondable, et précise les zones constructibles en fonction du risque d'inondation.

En région parisienne, il ressort que peu de zones sont classées en aléa très fort de débordement de cours d'eau, du fait de sa cinétique de plaine (hors zone d'écoulement rapide ou rupture d'ouvrage) : les inconstructibilités liées au risque sont donc relativement limitées, et la plupart des zones inondables en région parisienne restent donc constructibles sous conditions.

D'autre part, les zones inondables en région parisienne sont déjà fortement urbanisées, jusqu'à 90% en petite couronne (cf 4.1). Certaines de ces zones représentent des opportunités de développement ou de densification importantes dans le cadre de l'avenir de la métropole, et plusieurs projets de construction et d'aménagement se situent dans les zones directement exposées. Dans ces secteurs déjà fortement urbanisés, l'enjeu réside ainsi dans le renouvellement de l'existant (reconstruire la ville sur la ville) et dans la réduction de sa vulnérabilité.
Cette situation francilienne contrainte - qui se retrouve toutefois dans tout espace fortement urbanisé soumis à un risque - amène ainsi à s'interroger sur la façon de prendre en compte le risque d'inondation dans les projets d'aménagement. C'est notamment le cas pour l’Établissement Public d'Aménagement du territoire Orly Rungis – Seine Amont, structure partenariale qui réunit les quatre niveaux de puissance publique (État, Région, Département, Communes), autour d'un projet d'aménagement stratégique à long terme pour la région parisienne.

S'ils peuvent être jugés peu contraignants par certains (ou trop par d'autres), les PPRI précisent néanmoins un ensemble de prescriptions permettant de réduire la vulnérabilité à l'échelle de la parcelle ou du projet d'aménagement.

L'exemple de l'OIN Orly Rungis Seine Amont

L'exemple de l'OIN Orly Rungis Seine Amont.jpg
L'Opération d'Intérêt National Orly Rungis Seine Amont se situe de part et d'autre de la Seine dans le Val-de-Marne, département de petite couronne le plus fortement exposé aux risques d'inondation.

Les projets d'aménagements projetés sur le territoire ont amené l'EPA ORSA à s'interroger sur la façon de concilier prévention du risque et renouvellement durable d’un espace urbain en mutation, et à engager une démarche partenariale entre les différents acteurs du territoire.

Cet objectif a été identifié comme une dimension structurante dans le projet, avec l'enjeu « de limiter les atteintes aux personnes et les dommages en cas de crise, de maintenir l’activité et l’attractivité du territoire, d’être résilient, c’est-à-dire de fonctionner a minima en cas de crise et de redémarrer rapidement ensuite. L’antidéveloppement introduit par la neutralisation des sites est plus coûteux que l’impact de la gestion d’une crue massive sur des secteurs où le phénomène aura été intégré en amont » .

Si quatre des cinq secteurs stratégiques de l'OIN se situent en zone inondable et sont à ce titre concernés par le PPRI, il s'agissait de trouver des solutions d'aménagement résilient, en essayant d'aller plus loin que les règles du PPRI. Cette volonté forte est sans doute directement attribuable au statut d'établissement public de l'EPA ORSA.

Plusieurs partenaires ont ainsi été mobilisés autour de la résilience du territoire (2009-2010) : les quatre niveaux de puissance publique du fait de la composition du conseil d'administration de l'EPA, l’EPTB Seine Grands Lacs, et des experts aux compétences plurisdisciplinaires et complémentaires, dans le cadre de deux groupes de réflexion :
- Groupe d'experts missionné par l'EPA ORSA (2009), associant des représentants de l’État et région, des bureaux d'études spécialisés et universitaires
- Groupe d'experts dont le noyau était constitué par la DRIEA-UT94 et le CETE Méditerranée (2009-2010) – Voir référence bibliographique D.2.
Le premier groupe d'experts a permis de caractériser la vulnérabilité à l'échelle des projets, tandis que le second a permis d'appréhender la vulnérabilité du territoire ORSA dans son ensemble, en s'appuyant sur l'analyse du fonctionnement du territoire et notamment de ses enjeux structurants dans les différents temps de la crise.

En parallèle de ces réflexions constructives pour renforcer la résilience du territoire, se sont poursuivies les orientations opérationnelles pour les différents secteurs stratégiques de l'OIN ; la page suivante présente l'évolution des orientations pour le projet d'aménagement des Ardoines.

D'autre part, afin d'éclairer les orientations d'aménagement, une étude de modélisation hydraulique a été réalisée pour affiner la connaissance de l'inondation des sites, estimer et optimiser les impacts hydrauliques de chaque projet (2011). Cette étude, plus fine que l'étude hydraulique de référence du PPRI, a été diffusée et mis à la connaissance d'un certain nombre d'acteurs : le Conseil Général, la commune de Vitry-sur-Seine, les services de l’État et la région.

Il est à noter que l'intégration du risque avait été souhaitée dès l'étape des études urbaines sur le territoire (2009). Certaines d'entre elles ont fait l'objet de présentation en réunion publique, qui ont rassemblé un nombre important de participants (200-300 personnes pour chacune des deux réunions sur le projet Ardoines). L'aspect inondation n'y est pas largement abordé - traité comme un sujet parmi les autres - mais son évocation ne semble pas avoir suscité de réaction particulière.

Dans le cadre de ses missions, l'EPA a récemment contribué à l'élaboration d’un schéma de cohérence de la Vallée de la Seine (2011-12), qui met en cohérence les différents projets d’aménagement situés sur les bords de Seine, avec « une mise en continuité de l’espace public, une meilleure porosité avec l’espace intérieur, une recherche de polarisation de la programmation des berges et une meilleure appréhension de l’identité et de la place du fleuve dans le développement du territoire ».

D'autre part dans le cadre du Grand Paris, des contrats de développement territorial (CDT) sont en cours de définition. Ils sont rapidement évoqués au paragraphe 6.7.


Le projet d'aménagement des Ardoines

Proposition initiale d'étagement du site des Ardoines, Vitry-sur-Seine (Source EPA ORSA, 2009)
Les enjeux identifiés dans le plan guide de 2009 étaient de construire dans le respect du PPRI, tout en gérant les eaux de débordement : accueillir et guider la crue, faciliter les écoulements des eaux.

Le projet initial : La réponse apportée s'est traduite par un étagement du site, avec un décaissement des berges pour un parc public de 10ha pouvant accueillir les crues fréquentes (occurrence 5 ans et plus), une terrasse intermédiaire protégée des crues cinquantennales, et enfin une plateforme supérieure qui accueilleraient les activités les plus stratégiques pour la métropole.

Avantages :
Cette réponse avait l'avantage d'apporter une réponse systémique pour la prise en compte du risque inondation et la dépollution des sols (les déblais pollués du site deviennent des matériaux de remblais intéressants après dépollution), et de rendre visible l'inondabilité du site aux yeux de ses occupants.
...et freins de la solution envisagée :
Cependant, cette réponse comportait plusieurs difficultés :
  • un coût élevé, lié au stockage et déplacement des terres,
  • des incertitudes sur l’impact hydraulique du projet (élargissement du lit mineur mais quid du principe de neutralité hydraulique ?),
  • une faisabilité opérationnelle incertaine (complexité de l'organisation sur 300ha de l’acquisition foncière, de façon à répondre aux besoins de déblais et/ou de remblais sur une période de 20 ans).

Évolution du projet : Compte tenu de la faible inondabilité du site (relative : les hauteurs de submersion sont majoritairement inférieures à 1m), il est donc envisagé de s’appuyer sur :

  • un maillage viaire structurant, qui reste hors d’eau pendant l'inondation (passer des contraintes du PPRI à une structuration de l'espace qui permette de « faire ville »),
  • des projets innovants, responsables et solidaires hydrauliquement (accueillir le plus d’eau possible dans des espaces prévus à cet effet : parcs, parkings… de façon à limiter les impacts sur les projets alentours),
  • une réflexion sur la culture du risque dans les projets (gestion des premières eaux de débordement et des eaux de ruissellement dans des trames bleues bien identifiées dans les projets).

A ce jour, les orientations d'aménagement souhaitées par l'EPA ORSA sont déclinées à l'échelle des projets, et se traduisent par l'inscription d'objectifs dans les cahiers des charges des aménageurs.

Une sensibilisation croissante des acteurs économiques

La CCI mène un travail de sensibilisation des ressortissants de la Chambre, afin de communiquer utilement et sans faire de catastrophisme. La CCI de Paris a ainsi mis en ligne un dossier thématique inondation depuis 3 ans sur son site internet, et a récemment édité un rapport intitulé Les entreprises face au risque inondation, pour un développement robuste et durable du grand Paris (septembre 2012). Maintenir l'attention des acteurs économiques de la région constitue un axe privilégié de travail pour la Chambre, mais qui convient de la nécessité d'intégrer également la sphère des clients dans les actions de sensibilisation.
Plusieurs démarches sont envisageables :

  • l'auto-évaluation des entreprises, en orientant leur analyse sur la réduction du délai de relance de leur activité (démarche de type « criticité »). L'approche pragmatique est ainsi privilégiée, car elle bénéficie d'une bonne efficience (coût raisonnable, adaptation réaliste).

A titre d'exemple, les données et réseaux informatiques sont indispensables voire incontournables pour plusieurs aspects : techniques, ressources humaines, comptabilité et financier, gestion clientèle et fournisseurs, inventaires, image de l'entreprise…et l'analyse met en évidence l'utilité de mettre hors d'eau ces ressources informatiques. Le cas des inondations en Thaïlande (2011) a montré que plusieurs entreprises locales, fournisseurs de sociétés franciliennes, pouvaient non pas maintenir leur activité pendant la crue, mais redémarrer dans de meilleures conditions par l'adoption de mesures élémentaires comme la mise hors d'eau des équipements stratégiques.

  • le délestage et le redéploiement des activités sur des sites hors d'eau (cas de la gestion des déchets),
  • le développement d'une autonomie vis-à-vis des réseaux énergétiques, ce que s'attachent à faire certaines grandes entreprises afin d'assurer une continuité d'activité. Ces approches individuelles ne doivent cependant pas sous-estimer d'autres dépendances, telles que l'alimentation en carburant (disponibilité, capacité de ravitaillement…).

Ces quelques pistes et d'autres favorisant la résilience des entreprises trouveront leur plein essor auprès des acteurs économiques, à condition de pouvoir accéder aux informations sur les réseaux vitaux les concernant. Selon la CCI, la sensibilisation des acteurs économiques en particulier PME et PMI nécessite encore des efforts d'accompagnement. Il y a une demande de connaissance personnalisée sur le risque, sur les démarches administratives après crue...

D'autre part, les réflexions peuvent être conduites dès l'amont, lors du choix de l'implantation des activités économiques. La réflexion territoriale, en particulier celle entreprise dans les contrats de développement territorial, représente une opportunité pour prendre la mesure et intégrer les éléments « risques » dès les phases préalables d'aménagement.

Les contrats de développement territorial
Les contrats de développement territorial (CDT) sont définis dans la loi du 3 juin 2010 relative au Grand Paris, modifié par la loi du 18 janvier 2013 relative à la mobilisation du foncier public en faveur du logement.
Ils doivent mettre en œuvre le développement économique, urbain et social de territoires définis comme stratégiques, et en particulier ceux desservis par le réseau de transport public du Grand Paris. Ces démarches contractuelles, à visée opérationnelle, engagent l'État, représenté par le préfet de région, les communes et leurs groupements signataires. La région d'Île-de-France, les départements et un certain nombre d'acteurs institutionnels du Grand Paris dont Paris Métropole, l'Atelier international du Grand Paris et l'Association des maires d'Île-de-France sont invités à s'associer à ces démarches.
Pour l'instant, une vingtaine de CDT sont en cours de réflexion ou d'élaboration, tous les périmètres n'étant pas encore définis. Les CDT devront notamment préciser le nombre de logements et de logements sociaux à construire, mentionner les zones d'aménagement différés (ZAD) et les bénéficiaires des droits de préemption, établir le calendrier de réalisation des opérations d'aménagement et des grandes infrastructures de transport, évaluer leur coût et indiquer les opérations pour lesquelles il vaut déclaration de l'intérêt général. Les CDT sont soumis à évaluation environnementale. Ils doivent être compatibles avec le Schéma Directeur Régional (SDRIF).

Selon la CCIP, une telle démarche devrait favoriser une approche intelligente et durable à l'échelle de ces territoires ; cependant le sujet des risques naturels semble peu voire pas du tout abordé dans ces documents d'aménagement.

Une des suggestions évoquées par la CCI concerne les mesures financières en accompagnement de la prise en compte du risque.
Les catastrophes naturelles représentent un coût pour la société, et le système de solidarité nationale sur lequel est fondé l'assurance devrait sans doute évoluer. Le taux de la prime CATNAT est identique sur l'ensemble du territoire national et pour l'ensemble des biens assurés. Une modulation du barème en fonction du caractère inondable ou pas pourrait être instauré pour faire prendre conscience de la prise de risque de certaines implantations d'activités humaines (logement, activités économiques).

En la matière il convient de se mobiliser pour poursuivre la sensibilisation des entreprises. Pour les grandes entreprises, le travail est bien avancé mais il faut entretenir cette « conscience ». En revanche, pour les PME et les PMI, il semble nécessaire d'accompagner la démarche par une action sur le plan économique (par exemple en modulant les assurances, les primes, etc.) pour les inciter à intégrer la dimension « risque » dans leurs critères d’implantation géographique.

Une telle démarche nécessitera certainement un courage politique, car elle impactera l'attractivité des territoires des collectivités territoriales.

Une culture citoyenne du risque balbutiante

L'année 2010 a été l'occasion de commémorer le centenaire de la crue de 1910. De nombreuses initiatives ont été mises en place pour communiquer sur le risque inondation, rappeler les événements de 1910, et présenter les actions qui avaient été mises en œuvre depuis un siècle : plaquettes de communication, expositions organisées par plusieurs collectivités, colloques scientifiques et techniques, projections de films... En dehors de cette année de communication importante, des films ont été réalisés sur ce thème, notamment Paris 2011, la grande Inondation et un documentaire récent sur la chaîne www.alea.tv (films respectivement réalisés en 2006 et 2010).

Exemples de plaquettes de communication et d'exposition organisées à l'occasion du centenaire de la crue de 1910.jpg

Malgré l'actualité relativement proche de la commémoration, le regard que portent les acteurs audités est relativement tranché sur la culture du risque en Ile-de-France : il semble que celle-ci soit largement peu développée, peut-être encore davantage que dans d'autres parties du territoire national ?

L’Île-de-France n'a pas connu de crues récentes aux conséquences significatives, ce qui relègue l'inondation au titre de risque « oublié », qui pourrait presque pour certains s'apparenter à une « légende urbaine » : une partie de la population pense - à tort - être protégée par les ouvrages de Seine Grands Lacs et les murettes anti-crues aux abords de Paris. La dernière crue de 1982 a pu conforter cette idée, car cette crue d’occurrence décennale a été contenue grâce au bon fonctionnement des murettes, renforcées par des sacs de sable (à Alfortville notamment).

Enquête lancée début avril 2013 sur la perception du risque d'inondations.jpg
L'exposition du territoire à l'aléa et les conséquences potentielles d'une crue majeure en Île-de-France semblent méconnues ou du moins sous-estimées. Le francilien est en moyenne un « expatrié », et la connaissance de son territoire de vie peut être relativement récente voire très sommaire pour certains d'entre eux.

Sans doute aussi que l'intérêt limité pour le sujet se voit conforté par l'idée - dans un inconscient plus ou moins collectif - que si l'improbable arrivait, « on aurait de l'aide » de la part de l’État, de la commune... et en faisant jouer la solidarité nationale ou internationale. L'inondation n'est pas vécue comme un événement « normal » de la vie du cours d'eau, et au vu des périodes de retour, l'inondation majeure est peut-être aussi considérée avec un certain fatalisme.
D'autre part, il apparaît que l'inondation n'est pas un des sujets prioritaires. Contrairement à d'autres territoires qui ont malheureusement subi des catastrophes récentes et où le sujet est davantage présent (tempête Xynthia sur la côte atlantique, intempéries dans le Var...), l'inondation est un sujet parmi d'autres pour les acteurs de la vie du territoire dont une des premières préoccupations est de faire face à un contexte économique contraint. Et pris isolément, la thématique paraît peu fédératrice.
Le sujet semble ainsi rester partagé entre « sachants », entre spécialistes de la connaissance des risques, du suivi hydrologique, de la gestion des ouvrages et barrages... A titre d'exemple, la 3ème édition du salon Prévisrisq, organisé en 2010 dans le cadre du centenaire de la crue, a été un succès mais n'a eu que des retombées limitées auprès du public et des médias. De la même façon, le débat public sur le projet de la Bassée n'a fait réagir et n'a intéressé qu'un nombre restreint de personnes, essentiellement des « habitués » du sujet.

Des efforts conséquents semblent à engager pour développer la culture du risque chez les citoyens et en premier lieu leur donner envie de s'y intéresser. De nouvelles actions ont été engagées par les acteurs rencontrés pour y contribuer. Peuvent notamment être cités :

  • la réalisation d'un site internet sur la cartographie des repères de crues sur le bassin de la Seine : http://www.reperesdecrues-seine.fr/
  • le projet de création et développement d'un centre de ressources sur les inondations du bassin de la Seine (plate-forme d'information et SIG) par l'EPTB SGL.
  • l'investigation de nouveaux moyens de communication, tels le développement d'applications sous Smartphone ou l'utilisation des réseaux sociaux.

Sans forcément s'être concertés sur le sujet, la Préfecture de Police de Paris et l'EPTB SGL ont tous deux identifié ces moyens de communication comme des vecteurs prometteurs de sensibilisation et d'appropriation. Les retours d'expérience récents sur l'Ouragan Sandy aux États-Unis semblent confirmer la pertinence de ces voies d'investigation.

La Préfecture de Police de Paris a depuis quelques années ouvert des comptes sur les réseaux sociaux :

et s'inspire du retour d'expérience américain pour préparer la communication d'avant crise, de crise et de post-crise. Dans le cadre de la planification ORSEC (cf. 6.2), le citoyen est en quelque sorte appréhendé comme le 251ème partenaire de la démarche.
La technologie de diffusion cellulaire (cell broadcast) est en cours de déploiement au niveau national, et est déjà quasiment effective pour Paris et la petite couronne. Cette technologie permet à toute personne se situant dans un secteur géographique donné de recevoir un message sur son téléphone mobile, sans nécessiter une inscription préalable au service. Déjà largement utilisée aux Etats-Unis, cette technologie permet de toucher toutes les personnes situées en zone à risques (y compris des touristes) pour les alerter des comportements à tenir par exemple en cas d'alerte.

En conclusion, une résilience francilienne qui se construit pas à pas

Les paragraphes précédents ont permis d'appréhender un ensemble d'actions qui concourent à renforcer la résilience territoriale face à une inondation majeure en Île-de-France. L'analyse qui a pu être conduite et les témoignages recueillis - qui ne peuvent nous enseigner qu'une partie des actions engagées - montrent toutefois que les réflexions autour de la préparation de l’Île-de-France à une inondation majeure relèvent de véritables démarches de résilience.

Il ne s'agit pas seulement d'approches par « réduction de la vulnérabilité », au sens où elles chercheraient à rendre plus résistant - bien que celles-ci puissent être nécessaires et pertinentes - mais bien d'une recherche des possibilités d'adaptation et de souplesse face à une situation qui, si elle n'est pas totalement prévisible, promet d'être problématique à plusieurs titres.

« On pourra peut-être imaginer le territoire francilien comme résilient un jour, mais quand...pas avant 2100 ? »
Même si certaines voies d'amélioration peuvent sembler évidentes, notamment sur un territoire où la culture du risque est peu développée, il ressort que chacune des actions engagées (et par là même, chaque acteur qui la porte) contribue, à son niveau, à la construction progressive d'une résilience du territoire. Les différentes mesures et démarches entreprises montrent qu'elles pourraient notamment être répertoriées en fonction de leur contribution à :

  • la résilience du territoire, au sens d'une collaboration d'organismes au sein d'une gouvernance donnée, à travers une mise en œuvre éclairée des politiques publiques, par le biais d'actions partenariales, ou encore grâce à l'opportunité d'une dynamique territoriale,
  • la résilience d'une communauté donnée (présente en tant qu'actrice sur le territoire), qu'il s'agisse d'un type d'organisme représentatif, d'une communauté professionnelle ou encore d'intérêt,
  • la résilience des individus (eux-mêmes parties prenantes d'une ou de plusieurs communautés), en tant que citoyen et acteur de la sécurité civile.

Étonnamment, il semblerait que les acteurs audités se soient assez unanimement appropriés le terme de « résilience », notion pourtant relativement récente3 et peu traduite en termes réglementaires dans l'application locale des politiques publiques par exemple. Si les contours de la définition ne sont pas forcément bien précis ou toujours bien partagés entre les acteurs, il ressort que ce terme à connotation positive fédère les volontés et actions engagées pour se préparer à une inondation majeure en Ile-de-France.

Relevant d'initiatives et de mesures collectives ou individuelles, les démarches de résilience soulignées dans le cadre de l'analyse ont pu être menées en parallèle, tout en s'avérant complémentaires (bien que le lien nécessite parfois d'être renforcé...par exemple entre actions préventives et développement des capacités à faire face à une crise), et se révèlent hétérogènes dans leur niveau d'avancement, et selon les types d'acteurs et d'activités concernés. Si ces différences peuvent parfois avoir été orientées par le type de vulnérabilités que l'on cherche à pallier (en garantissant plutôt la sauvegarde des populations et le maintien des besoins essentiels, le fonctionnement et un dynamisme économique, ou encore la protection d'un patrimoine privé...), elles sembleraient surtout découler de l'ancienneté et de la maturité de la démarche, et de l'adhésion qu'elle suscite au regard des bénéfices apportés ou supposés. Les facteurs de réussite et freins seront ainsi soulignés dans les paragraphes suivants.

Il semble important de noter que la résilience vis-à-vis d'un événement prévisible – qu'elle relève du territoire, d'une communauté ou d'un individu – ne semble pas acquise une fois pour toute, mais qu'elle résulte plutôt d'un processus qu'il s'agit de construire à petits pas, d'animer et d'entretenir.


La deuxième partie du rapport, dresse des premières propositions pour améliorer la résilience des territoires.



Le créateur de cet article est Sandrine Arbizzi
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