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Eau de Paris - historique du réseau et présentation du pavillon de l'eau

De Wikhydro

L'alimentation en eau de Paris a été modelée par les occupants successifs de la ville, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Eau de Paris a transformé l'ancienne usine de pompage d'Auteuil en Pavillon de l'Eau, qui est devenu un lieu d'information et de sensibilisation du public à l'alimentation en eau de la ville de Paris. Il abrite deux maquettes qui offrent un grand intérêt pédagogique et illustrent pour le première par quels traitements les eaux pompées dans la Seine arrivent à notre robinet et pour la seconde le captage et le transport des eaux de source. Une exposition permanente nous décrit les travaux remarquables de Belgrand concernant la création du réseau d'égout et celle du réseau d'eau potable de la ville de Paris.

Sommaire

Présentation du pavillon de l'eau : ancienne usine d'Auteuil dédiée au pompage d'eau de Seine


WIKHYDRO - Présentation Pavillon de l'eau par Wikhydro

Avant de devenir le lieu de sensibilisation et d'information sur l'eau à Paris, le Pavillon de l'eau abritait une usine de relevage de l'eau de Seine vers le réservoir de Passy. Jean-Louis Lamberdière, ancien responsable d'exploitation de l'usine d'Orly nous présente l'histoire de ce site.

Le baron Haussmann et l'ingénieur Belgrand[1] entreprennent sous le second empire des travaux de grande ampleur qui consistent à doter Paris :

  • d'un réseau d'eau potable en allant capter des sources extérieures à l'agglomération et en les transportant par des aqueducs,d'un réseau d'eau de service, pompée dans la Seine, dédiée à l'entretien des voiries et du réseau d'assainissement
  • d'un réseau d'assainissement qui permettait de capter les eaux usées des habitations


La réalisation de ces réseaux d'eau potable et de service nécessite alors de construire de grands réservoirs tels que celui de Belleville, de Montrouge et de Passy, qui seront approvisionnés en eaux de Seine. C'est en 1828 qu'est installée sur une langue de terrain située entre le quai d'Auteuil et la route de Versailles, une pompe à feu permettant de puiser l'eau dans la Seine et de l'élever dans un réservoir situé à proximité du cimetière de Passy. L'objectif est d'alimenter en eau les communes indépendantes d'Auteuil et de Passy (ref 1). Ces communes sont considérée à l'époque comme de véritables lieux de villégiature : l'air y est plus pur et les points de vue sur le fleuve sont plaisants. Ainsi, cette nouvelle usine positionnée dans un cadre bucolique ressemble bien plus à une construction rurale qu'à un édifice à vocation industrielle (réf. 1)
Aujourd'hui, Paris dispose d'un réseau de distribution d'eau non potable qui assure le lavage des caniveaux ainsi que l'arrosage des plantations de la voie publique. La production moyenne est de l'ordre de 170 000 m3 d'eau non potable / jour. Il est alimenté à partir d'usine de pompage et de refoulement d'eau de la Seine et du Bassin de la Villette. La Ville de Paris est en effet dotée aujourd'hui de trois usines : l'usine d'Austerlitz alimente la partie basse ; les zones moyennes et hautes sont alimentées par les usines d'Austerlitz, Auteuil et de la Villette (source eau de Paris).
La modeste pompe à feu d'Auteuil, restée en fonction jusqu'en 1883, ne pouvait répondre à la demande d'alimentation du grand réservoir de Passy, ce qui a ainsi nécessité l'augmentation des capacités de pompage sur le site.
C'est ainsi qu'une nouvelle usine fut érigée en 1900 sur le site d'Auteuil. Elle bénéficiait des plus récentes innovations en matière de dispositifs de pompage. L'architecture du bâtiment a hérité d'un savoir-faire spécifique qui marque toute la production industrielle de la fin du XXème siècle. On trouvera une description toute à fait intéressante des qualités architecturales de ce bâtiment dans[2].
Les caractéristiques techniques de cette usine sont les suivantes :

  • la hauteur ascensionnelle entre le niveau de la Seine et le réservoir de Passy est de 55 m
  • le débit pompé est de 65 000 m3/jour réparti entre 3 machines à vapeur


Du fait des progrès techniques réalisés dans le domaine des pompes à vapeur, qui permettait des coûts de production beaucoup moindres, l'usine devint rapidement obsolète.
En 1925, fut construite une seconde usine à vapeur à côté de la première, qui fonctionna jusqu'en 1951. Un troisième bâtiment fut érigé la même année. Il fut occupé par le Service de l'Assainissement et des Égouts dans lequel est réalisé un premier traitement : dégrillage et dessablage des eaux d’égouts refoulées dans le collecteur principal qui rejoignait les champs d'épandage de la région parisienne. Plus tard seront collectées les eaux usées en provenance des quartiers situés en rive gauche par le biais du siphon de Mirabeau sous la Seine. Ce siphon est nettoyé grâce au système ingénieux mis au point par Belgrand (voir clip Belgrand).
L'usine qui occupait le premier bâtiment a été désaffectée en 1955. Depuis le mois de juillet 2007, l'ancien bâtiment, qui alimentait la première usine d'Auteuil est devenu le Pavillon de l'eau dont la vocation est d'informer le public sur les métiers liés à l'alimentation en eau de Paris.
La deuxième usine a fonctionné à partir de 1925 jusque dans les années 50 où les machines à vapeur ont été remplacées par des groupes électrogènes qui relèvent l'eau de la Seine et la renvoie directement dans le réservoir de Passy en Eau non potable.

Histoire de l'alimentation en eau de Paris de l'antiquité à Henry IV

Jean-Louis Lamberdière nous dresse un rapide historique de l'alimentation en eau de la ville de Paris au travers d'un cheminement en images disponible au pavillon de l'eau de Paris. Ce premier volet traite de l'antiquité jusqu'au règle d'Henry IV.

  • avant les romains : installation de 3 thermes alimentés par captage de l'eau sur le plateau de Rungis et le premier aqueduc romain qui franchissait la vallée de la Bièvre ;
  • vers l'an 1000 , les porteurs d'eau s'alimentaient en eau de Seine et non dans les puits et la distribuait chez les particuliers ;
  • vers 1600 les religieux captaient les eaux de source et les acheminaient par plusieurs aqueducs. Les porteurs d'eau sont devenus les premiers pollueurs. Henri IV les a nommé responsables des services incendie : ils devaient d'être prêts à intervenir à tout moment ;
  • construction de la pompe de la Samaritaine qui alimentait le Palais Royal et quelques fontaines. La situation à Paris sur le plan de l'hygiène et de la pollution n'était pas très ragoutante : les rues en hiver étaient couvertes de boues et de déjection et en été la poussière envahissait la ville. Henry IV impose la création de fosses de déjections régulièrement vidées par les maitres fifi. Le pavage des rues de Paris est donc apparu comme une solution indispensable pour remédier à la situation. Belgrand a également soutenu la création de fosses pour récupérer les effluents.

Alimentation en eau de Paris par Belgrand

Jean-Louis Laberdière nous invite à poursuivre notre voyage dans le temps depuis l'époque des porteurs d'eau sous le règne d'Henry IV jusqu'à l'ingénieux Belgrand, sous les ordres du préfet Hausmann, qui a doté Paris d'un réseau d'alimentation en eau potable et d'un réseau d'assainissement.
Mandaté par Napoléeon III, Georges-Eugène Haussmann, préfet de la Seine mis en place un immense projet de « reconstruction de Paris » dans les années 1860. Il a appelé Belgrand pour construire un réseau d'adduction d'eau, mais également un réseau d'assainissement, Belgrand a ainsi doté Paris d'un réseau moderne d'égouts tout le long des voies en rénovation. Il eu l'idée de profiter de ces grandes canalisation d’assainissement pour faire transiter d'autres fluides comme les conduites d'eau potable, le téléphone.
Ainsi, les parisiens abandonnèrent leurs fosses au profit de raccords directs à l'égout. Paris fut la première ville de France à disposer d'un réseau d'égouts.
Au niveau de l'alimentation en eau, l'aqueduc Marie-de Médicis, qui alimentait Paris en eau de source arrivait dans le réservoir de Montsouris. Belgrand s'est aperçu que les quartiers alimentés par cet aqueduc n'étaient pas sujets à des maladies transmises par l'eau tels que le choléra, contrairement aux autres quartiers desservis par des réservoirs alimentés par l'eau de Seine.
Il a décidé d'aller rechercher au-delà de Paris des eaux de sources pour alimenter la capitale et compléter en parallèle ce réseau d'eau potable par un réseau d'eau non potable pour les servitudes (nettoyage des voiries, des égouts...).
Belgrand a ainsi construit l'aqueduc de la Dhuis (132 km de long, 20 m de dénivelée) pour alimenter le réservoir de Ménilmontant avec un débit de 22 000 m3/jour, puis l'aqueduc de la Vanne qui surplombe l'aqueduc Marie de Médicis qui alimente le réservoir de Montsouris avec un débit de 100 000 m3/jour. L'ingénieur Belgrand semble avoir fait preuve de beaucoup d'ingéniosité dans la construction de tous ces aqueducs en s'approvisionnant en matériaux tout au long du tracé de ces ouvrages, dans un rayon maximal de 30 km.
Les sables et les agrégats ont été prélevés sur place, ce qui a conduit à un gain financier important lors de la construction de ces ouvrages, s'accompagnant d'une rapidité d'exécution et d'une diversité dans les tronçons d'aqueducs.

Bibliographie

  1. « Baron Haussmann, Eugène Belgrand, textes choisis – l'Eau et Paris », Albin Michel, 150 pages (non daté)
  2. « L'usine d'Auteuil, mise en scène de l'Eau à Paris », Henri Bresler SAGEP, 57 pages (non daté)



Le créateur de cet article est Jean-Michel Tanguy
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