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Le Rhône en 100 questions : 9-06 Quelles sont les espèces qui manquent au Rhône ?

De Wikhydro
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le rhone en 100 questions multi579
Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.











Grâce aux travaux de pionniers de l’hydrobiologie, au premier rang desquels nous trouvons Guillaume Rondelet (célèbre pour son histoire des poissons de 1555), et des collections conservées dans les muséums, on peut faire le constat de l’extinction de plusieurs espèces au cours du dernier siècle. Les exemples et les causes les mieux connues se rapportent aux grands poissons migrateurs refoulés par les barrages.

Que sont les poissons devenus ?


esturgeon peche dans le bas rhone au debut du xxe siecle
  • Pour l’axe rhodanien, c’est surtout la perte de l’esturgeon, déjà surpêché au XVIIIe siècle, pollué au XIXe siècle et finalement éliminé par le barrage de Donzère en 1952, et celui de Beaucaire en 1973 (date de capture du dernier sujet de 80 kg en Camargue, d’après Quignard). Actuellement les derniers esturgeons européens acipenser sturio, autrefois présents sur toutes les côtes depuis le Rhône jusqu’à l’Elbe, sont en survie dans la pisciculture de Saint-Seurin en Gironde. Petit espoir si l’on suit Rondelet quand il nous dit avoir dégusté en Arles d’excellents esturgeons et d’autres différents, plus forts en goût, semblables à ceux du Pô : ne serait-ce pas des esturgeons adriatiques A. naccarii encore bien vivants dans le fleuve italien ?


  • L’alose feinte du Rhône, souche unique, n’a heureusement pas disparu après son cantonnement en Camargue, et se lance à la reconquête des affluents comme le Gardon et l’Ardèche. Certes elle n’atteindra pas de sitôt la Saône dijonnaise où elle se reproduisait vers 1900. C’est exactement la même histoire pour la lamproie marine qui avec l’alose frayait dans le Rhône savoyard (des collections du grenoblois Léger en attestent).
la grande mulette survit dans la vienne aval
  • Bien moins connue la grande mulette Margaritifera auricularia est une moule géante dont les belles coquilles en forme de rognon noir sont conservées au Muséum de Lyon sous divers noms : toutes proviennent de la Saône moyenne vers 1850-1880. Sa particularité est de produire des larves qui parasitent les branchies des esturgeons ! On les croyait disparues à jamais mais deux stations ont été retrouvées : sur l’Ebre à Saragosse (1990) et la Vienne à Chinon (1998).


  • La rectification des berges, les curages, les endiguements et le dragage des bancs de sable ont eu raison d’espèces plus discrètes : la jolie cicindèle des bords du Rhône Cylindera arenaria, que l’on trouve étiquetée « brotteaux », « Grand Camp», «Vernaison » dans les collections de la fin du xixe siècle, est introuvable sinon le long de l’Eygues et au bord du Giffre.
    Les criquets des sables sont devenus extrêmement rares dans le Genevois ; Omophron limbatum, un coléoptère carabique sabu licole classique est lui aussi en régression…


isoperla grammatica
Et puis il y a les grandes énigmes
, qui ne passionnent certes que quelques naturalistes, mais nous interpellent : qu’est devenu Prosopistoma foliaceum, une éphémère à la très bizarre larve aplatie encore capturée à Lyon en 1950-1955 et les grandes perles des genres Perla et Isoperla, dont plusieurs espèces étaient fréquentes au même moment ? Ont-elles subi le même sort que 70 % des espèces de plécoptères décrites en Franche-Comté par Despax (1950), aujourd’hui introuvables selon Verneaux ?
Que s’est-il passé dans cette décennie 1955-1965 où les écrevisses sauvages Astacus astacus et A. pallipes ont été complètement éradiquées, où les stocks de poissons du Léman se sont effondrés, où quelques uns plus robustes comme le poisson-chat sont en surpopulation ? Pourquoi la loutre ne parvient-elle pas à reformer ses effectifs après trente ans de protection intégrale ?


Ce qu’il faut retenir


Un certain nombre d’espèces qui prospéraient encore dans le Rhône naturel du xixe siècle ont disparu entre 1950 et 1965.
On peut penser que durant cette période plusieurs nuisances se sont superposées, entraînant une défaillance dans le système de défense de l’hydrosystème.
Comme il est attendu en écologie, ce sont les espèces de niches étroites ou soumises à forte compétition qui en ont fait les frais.



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