S'abonner à un flux RSS
 

Le Rhône en 100 questions : 8-03 En cas de pollution du fleuve, la nappe est-elle affectée ?

De Wikhydro
le rhone en 100 questions multi579
Cette page fait partie du deuxième chapitre: "Le fonctionnement du fleuve", de l'ouvrage '"Le Rhône en 100 questions'", une initiative de la ZABR avec l'appui de toute l'équipe du Graie et soutenue par les instances qui ont en charge la gestion du fleuve.











Le cours du fleuve est jalonné de nombreux sites industriels, grandes agglomérations et voies de transport qui représentent des risques de pollution considérables.
La question du risque de transfert des polluants entre le fleuve et la nappe alluviale, par ailleurs fortement sollicitée pour l’alimentation en eau potable, revêt une importance particulière dans la vallée du Rhône.


Des recherches sur l’effet filtre des berges ont été engagées au milieu des années 1980 sur certains sites de la vallée du Rhône :
sites de captage de Crépieux-Charmy (alimentation de l’agglomération lyonnaise) et Ile du Grand Gravier à Grigny (69).

Le devenir des composés minéraux, organiques et métalliques, régi par les conditions de pH, de température et d’oxydo-réduction,
a été décrit grâce à différents essais in situ et en colonnes, traçages contre berge, et analyses comparées de l’eau du Rhône et de l’eau de la nappe.
Ces études ont montré que les sites dépendaient à 80 % de l’alimentation depuis le Rhône et que les berges se comportaient comme de véritables réacteurs bio-géochimiques.


Les risques de transfert d’éléments polluants


Les transferts d’éléments polluants depuis le fleuve vers les nappes sont directement liés :

  •  aux conditions d’échange entre le fleuve et sa nappe qui varient en direction, sens et intensité suivant les tronçons du fleuve ou les rives considérées ; elles varient aussi dans le temps en fonction de la position de la ligne d’eau du fleuve et de l’état de recharge de la nappe ;
  •  à la nature des produits polluants incriminés et à leur concentration dans le fleuve ;
  •  à la nature des berges et du fond du lit, et à leur rôle épuratoire potentiel, vis-à-vis du produit polluant présent.
le canal de pierre benite depuis le pont de vernaison
la rive droite du rhone en aval de beauchastel

On se trouve dans une situation à risque dans les secteurs où la nappe se situe sous alimentation du fleuve, c’est-à-dire lorsque la ligne d’eau du fleuve est plus haute que la surface de la nappe, soit de manière naturelle (notamment en hautes eaux du fleuve, ou encore à l’amont de certains méandres du fleuve ou de barrages), soit de manière induite lorsqu’un pompage ou un groupe de pompage en nappe déprime la surface piézométrique de la nappe. Du fait de la dispersion des molécules de produits polluants au sein de l’aquifère, la vulnérabilité de la nappe décroît avec la distance par rapport aux points d’entrée.
Les éléments susceptibles de migrer le plus facilement vers les eaux souterraines sont ceux qui sont les plus miscibles à l’eau, les moins biodégradables et les moins facilement adsorbables sur les minéraux ou les matières organiques.
Les éléments les plus à risques vis-à-vis d’un transfert vers les eaux souterraines sont les anions (nitrates, phosphates, chlorures), les pesticides, et les organochlorés. En revanche les éléments métalliques ou les PCB sont peu mobiles et s’adsorbent ou se complexent facilement avec les minéraux ou la matière organique et sont moins susceptibles de pénétrer dans la nappe. Les hydrocarbures peu miscibles ont aussi moins de facilité pour migrer dans la nappe.
La filtration se manifeste également au sein des alluvions à distance des berges ce qui constitue une deuxième « autodéfense » de l’aquifère. La troisième protection du milieu souterrain est réalisée par la dispersion du polluant à son passage dans l’aquifère d’où il résulte qu’une pollution chimique du Rhône de faible concentration pourra dans certaines conditions ne pas avoir de conséquence notable sur la qualité de la nappe.

À noter qu’une surveillance de la qualité des eaux du fleuve est réalisée de manière régulière à l’amont ou au droit de certains champs captants, majeurs pour l’alimentation en eau potable. Une surveillance est ainsi réalisée en continu et de manière automatique à la station de Ternay (69) à l’aval de l’agglomération lyonnaise et des sites chimiques. Grâce à des seuils d’alerte définis pour chaque paramètre mesuré, en cas de pollution du fleuve, un message d’alerte est envoyé aux autorités compétentes et
aux gestionnaires des captages d’eau potable situés à proximité pour qu’ils puissent prendre les dispositions nécessaires.


Ce qu’il faut retenir


En cas de pollution du fleuve la nappe peut ne pas être affectée grâce aux protections naturelles dont elle bénéficie : effet filtre des berges et du lit du fleuve, puis dilution et dispersion des pollutions au sein des alluvions dans la nappe.
Ces protections naturelles sont toutefois relatives et s’avèrent inopérantes en cas de pollution accidentelle majeure du fleuve.



question précédente |retour au sommaire | question suivante

Outils personnels